Le multimètre est le premier outil que l’on achète en électronique et souvent le dernier que l’on apprend vraiment à utiliser. Le boîtier est simple, mais le sélecteur couvert de symboles intimide, et une erreur de branchement peut griller un fusible en une fraction de seconde. Pourtant, quelques principes suffisent pour s’en servir correctement et en toute sécurité.
Comprendre les trois grandeurs
Avant les manipulations, il faut savoir ce que l’on mesure. L’analogie hydraulique reste la plus parlante.
| Grandeur | Unité | Analogie | Branchement |
|---|---|---|---|
| Tension | Volt (V) | La pression dans le tuyau | En parallèle |
| Courant | Ampère (A) | Le débit qui traverse | En série |
| Résistance | Ohm (Ω) | L’étroitesse du tuyau | Hors tension |
Ces trois grandeurs sont liées par la loi d’Ohm : la tension est égale au produit du courant et de la résistance. Connaître deux valeurs permet toujours de déduire la troisième, ce qui est très pratique quand une mesure directe est difficile.
Les bornes et les cordons
La plupart des multimètres possèdent trois ou quatre bornes. Le cordon noir se branche toujours sur la borne COM (commun) et n’en bouge jamais.
Le cordon rouge, lui, change de place selon la mesure. Il se place sur la borne marquée VΩ pour la tension, la résistance et la continuité, et sur la borne A ou mA pour les mesures de courant. C’est précisément l’oubli de ce déplacement qui provoque la majorité des fusibles grillés.
Mesurer une tension
C’est la mesure la plus fréquente et la plus sûre. Le circuit reste alimenté et on place les pointes de touche en parallèle, c’est-à-dire de part et d’autre du composant ou de la source.
- Choisissez le bon type de courant : le symbole avec un trait continu et des pointillés correspond au continu (DC, piles et alimentations), le symbole en forme de vague correspond à l’alternatif (AC, réseau domestique).
- Sur un appareil à calibres manuels, sélectionnez un calibre supérieur à la valeur attendue, puis descendez si l’affichage manque de précision.
- Placez la pointe noire sur la référence ou la borne négative et la pointe rouge sur le point à mesurer.
- Lisez la valeur. Un signe négatif indique simplement que les pointes sont inversées, ce qui n’est pas grave en tension continue.
Une pile alcaline neuve de 1,5 V affichera légèrement plus de 1,5 V à vide ; une pile bien usagée descend nettement en dessous. Attention toutefois : une mesure à vide est optimiste, car une pile fatiguée peut afficher une tension correcte et s’effondrer dès qu’on lui demande du courant.
Mesurer une résistance
Ici, une règle est absolue : le circuit doit être hors tension. Le multimètre injecte lui-même un petit courant pour effectuer la mesure, et une tension extérieure fausse le résultat, voire endommage l’appareil.
Deuxième précaution : le composant doit être isolé du reste du circuit, au moins par une patte dessoudée. Sinon, vous mesurez la résistance de l’ensemble des chemins parallèles, ce qui donne toujours une valeur inférieure à la réalité.
Enfin, évitez de tenir les deux pointes à pleines mains sur des résistances de forte valeur : le corps humain conduit et s’ajoute à la mesure.
Le test de continuité, le plus utile au quotidien
La position marquée par un symbole d’onde sonore fait émettre un bip lorsque la résistance entre les deux pointes est très faible. C’est la fonction la plus employée en dépannage.
Elle permet de vérifier en quelques secondes un câble suspect, un fusible, une soudure douteuse ou un interrupteur. Un fusible intact fait biper l’appareil ; un fusible fondu reste silencieux. Là encore, le circuit doit être hors tension.
Mesurer un courant : la manipulation délicate
Contrairement aux autres mesures, le multimètre doit être inséré dans le circuit, en série. Il faut donc couper le chemin du courant et faire passer celui-ci à travers l’appareil.
C’est la source d’erreur classique : brancher le multimètre en parallèle avec le cordon rouge sur la borne ampèremètre revient à créer un court-circuit, car la résistance interne de l’appareil en mode courant est presque nulle. Résultat : le fusible saute, dans le meilleur des cas.
Commencez toujours par le calibre le plus élevé (souvent 10 A, sur une borne dédiée non protégée sur certains modèles) et descendez ensuite. Pour les circuits sous tension domestique, une pince ampèremétrique est bien plus adaptée et bien plus sûre.
Sécurité et bonnes habitudes
- Vérifiez l’état des cordons avant chaque usage : une gaine fendue est un risque direct.
- Ne travaillez pas sur des installations sous tension du réseau sans formation ni habilitation ; pour l’apprentissage, restez sur des circuits basse tension alimentés par piles.
- Rangez toujours le sélecteur sur OFF ou sur la position tension après usage, jamais sur la position courant.
- Respectez la catégorie de mesure indiquée sur l’appareil (CAT II, CAT III…), qui correspond au type d’installation admissible.
- Une seule main sur le circuit quand c’est possible : cela évite qu’un courant traverse la poitrine.
Pour s’entraîner
Prenez quelques piles usagées et neuves, un jeu de résistances et un morceau de fil, puis mesurez tout : la tension de chaque pile, la valeur de chaque résistance comparée à son code couleur, la continuité du fil intact puis coupé. Une demi-heure de manipulations rend le maniement de l’appareil naturel.
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