La résistance est probablement le composant le plus banal de l’électronique, et pourtant elle porte son information d’une façon qui déroute tous les débutants : une série d’anneaux colorés minuscules sur un corps cylindrique. Cet article explique comment lire ce code, pourquoi il existe, et comment éviter les erreurs les plus courantes.
Pourquoi des couleurs plutôt que des chiffres
La raison est purement pratique. Un composant de quelques millimètres n’offre pas assez de surface pour imprimer une valeur lisible. Surtout, un nombre imprimé sur un cylindre n’est lisible que d’un seul côté : si la résistance est soudée avec le texte tourné vers la carte, l’information devient invisible.
Des anneaux qui font le tour du corps se lisent quelle que soit l’orientation du composant. C’est une solution élégante à un problème mécanique, et elle est restée en usage depuis des décennies.
La table des couleurs
Chaque couleur correspond à un chiffre. C’est la base de tout le système.
| Couleur | Chiffre | Multiplicateur | Tolérance |
|---|---|---|---|
| Noir | 0 | ×1 | — |
| Marron | 1 | ×10 | ±1 % |
| Rouge | 2 | ×100 | ±2 % |
| Orange | 3 | ×1 000 | — |
| Jaune | 4 | ×10 000 | — |
| Vert | 5 | ×100 000 | ±0,5 % |
| Bleu | 6 | ×1 000 000 | ±0,25 % |
| Violet | 7 | ×10 000 000 | ±0,1 % |
| Gris | 8 | — | ±0,05 % |
| Blanc | 9 | — | — |
| Or | — | ×0,1 | ±5 % |
| Argent | — | ×0,01 | ±10 % |
Il n’est pas nécessaire d’apprendre ce tableau par cœur au début. Ce qui compte, c’est de comprendre la logique : les premiers anneaux donnent des chiffres significatifs, l’avant-dernier multiplie, le dernier indique la précision.
Lire une résistance à quatre anneaux
C’est le format le plus répandu dans les kits d’électronique de loisir.
- Premier anneau : premier chiffre.
- Deuxième anneau : deuxième chiffre.
- Troisième anneau : multiplicateur.
- Quatrième anneau : tolérance.
Prenons un exemple concret : marron, noir, rouge, or. Marron vaut 1, noir vaut 0, ce qui donne le nombre 10. Le rouge multiplie par 100, donc 10 × 100 = 1 000 ohms, soit 1 kΩ. L’anneau or indique une tolérance de ±5 %, c’est-à-dire une valeur réelle comprise entre 950 et 1 050 ohms.
Deuxième exemple : jaune, violet, orange, or. Jaune vaut 4, violet vaut 7, soit 47. Orange multiplie par 1 000, donc 47 000 ohms, soit 47 kΩ, à ±5 %.
Les résistances à cinq et six anneaux
Les composants de précision utilisent trois chiffres significatifs au lieu de deux. La lecture devient : chiffre, chiffre, chiffre, multiplicateur, tolérance.
Ainsi marron, noir, noir, marron, marron donne 100 × 10 = 1 000 ohms avec une tolérance de ±1 %. La valeur est identique à notre premier exemple, mais la précision annoncée est cinq fois meilleure.
Un sixième anneau, quand il existe, indique le coefficient de température : la variation de la valeur en fonction de la température ambiante. C’est un paramètre qui n’intervient que dans les montages exigeants.
Dans quel sens lire ?
C’est le piège classique. Lue à l’envers, une résistance de 1 kΩ peut être interprétée comme plusieurs mégohms. Quelques repères fiables :
- L’anneau de tolérance est souvent séparé des autres par un espace un peu plus large. Il se place à droite.
- Or et argent ne sont jamais des chiffres. S’ils apparaissent à une extrémité, c’est l’anneau de tolérance, donc la fin.
- Le premier anneau est généralement plus proche du bord du corps que le dernier ne l’est du sien.
- Le premier anneau n’est jamais noir, puisqu’une valeur ne commence pas par zéro.
En cas de doute réel, un multimètre en mode ohmmètre tranche la question en deux secondes. Ce n’est pas tricher : c’est même la bonne pratique avant de souder un composant dans un montage sensible.
Pourquoi ces valeurs bizarres ?
Une question revient sans cesse : pourquoi trouve-t-on des résistances de 4,7 kΩ ou de 2,2 kΩ, et jamais de 5 kΩ ou de 2 kΩ ? La réponse tient aux séries normalisées, appelées séries E.
La série E12, la plus courante en électronique de loisir, contient douze valeurs par décade : 1,0 – 1,2 – 1,5 – 1,8 – 2,2 – 2,7 – 3,3 – 3,9 – 4,7 – 5,6 – 6,8 – 8,2. Ces valeurs sont réparties de façon logarithmique de sorte que, compte tenu de la tolérance de ±10 %, les plages de deux valeurs voisines se touchent presque sans se chevaucher inutilement.
Autrement dit, la série est conçue pour couvrir tout l’éventail des valeurs avec le minimum de références différentes à fabriquer et à stocker. La série E24 double le nombre de valeurs pour les tolérances de ±5 %, et les séries E48 et E96 vont plus loin encore pour les composants de précision.
Erreurs fréquentes
- Confondre le marron et le rouge sous un mauvais éclairage. Un facteur dix d’écart, et un montage qui ne fonctionne pas.
- Confondre l’orange et le rouge, particulièrement sur les corps beige clair.
- Oublier la tolérance. Dans un diviseur de tension précis, ±5 % peut suffire à fausser le résultat.
- Négliger la puissance. Le code couleur ne dit rien de la puissance admissible : celle-ci se devine à la taille du corps. Une résistance sous-dimensionnée chauffe puis brûle.
- Lire une résistance déjà soudée sans la vérifier. Sur un circuit, les composants voisins peuvent fausser une mesure au multimètre ; il faut souvent isoler une patte.
Un réflexe qui s’acquiert vite
Au début, chaque lecture demande de consulter le tableau. Après une trentaine de composants, les combinaisons les plus fréquentes deviennent instantanément reconnaissables : marron-noir-rouge, c’est 1 kΩ ; jaune-violet-orange, c’est 47 kΩ. C’est un apprentissage rapide, et il rend l’atelier beaucoup plus fluide.
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