Parmi tous les gestes de premiers secours, la position latérale de sécurité — souvent abrégée en PLS — est l’un des plus simples à apprendre et l’un des plus efficaces. Elle ne demande aucun matériel, s’exécute en moins d’une minute, et peut faire la différence entre une situation qui se stabilise et une asphyxie silencieuse.
Encore faut-il savoir dans quel cas précis elle s’applique, car c’est là que se concentrent la plupart des erreurs.
Le problème qu’elle résout
Quand une personne perd connaissance, ses muscles se relâchent complètement. Deux risques apparaissent alors si elle reste allongée sur le dos :
- La langue peut basculer en arrière et obstruer partiellement ou totalement le passage de l’air.
- Les liquides ne sont plus évacués. Salive, sang ou vomissements s’accumulent dans la gorge, car les réflexes de déglutition et de toux sont absents.
La PLS répond aux deux à la fois : en plaçant la victime sur le côté, tête légèrement en arrière et bouche orientée vers le bas, elle libère les voies aériennes et permet aux liquides de s’écouler naturellement à l’extérieur plutôt que vers les poumons.
Quand l’utiliser — et quand surtout pas
C’est le point le plus important de cet article. La PLS s’adresse à une situation très précise.
| Situation | Conduite à tenir |
|---|---|
| Inconsciente et respire normalement | Position latérale de sécurité |
| Inconsciente et ne respire pas | Alerte et réanimation cardio-pulmonaire, pas de PLS |
| Consciente | Pas de PLS ; la laisser dans la position où elle se sent le mieux |
| Suspicion de traumatisme du dos ou du cou | Ne pas mobiliser sauf si la respiration est menacée ; appeler les secours |
La règle à retenir tient en une phrase : inconsciente et qui respire, on tourne ; inconsciente et qui ne respire pas, on masse. Mettre en PLS une victime en arrêt cardiaque retarde le massage cardiaque, et ce retard coûte très cher.
Vérifier la respiration avant tout
Avant de tourner qui que ce soit, il faut établir que la personne respire. La méthode enseignée est simple : après avoir basculé doucement la tête en arrière et soulevé le menton, on approche son oreille de la bouche de la victime tout en regardant vers sa poitrine, pendant environ dix secondes.
On cherche trois signes : entendre un souffle, sentir de l’air sur la joue, voir la poitrine se soulever.
Attention à un piège classique : dans les premières minutes d’un arrêt cardiaque, la victime peut produire des mouvements respiratoires anormaux, lents, bruyants et irréguliers. Ce ne sont pas des respirations efficaces. En cas de doute, il faut considérer que la personne ne respire pas et démarrer la réanimation.
Réaliser la position
Les protocoles varient légèrement d’un organisme de formation à l’autre, mais la logique reste identique. Le principe : créer un appui stable avec le bras et la jambe du côté opposé, puis faire rouler la victime d’un bloc.
- Se placer à côté de la victime, à genoux, allongée sur le dos, jambes tendues.
- Placer le bras le plus proche de vous à angle droit du corps, coude fléchi, paume vers le haut.
- Amener l’autre bras en travers de la poitrine et poser le dos de la main contre la joue de la victime, en maintenant cette main avec la vôtre.
- Saisir la jambe opposée juste au-dessus du genou et la relever, le pied restant au sol.
- Faire rouler la victime vers vous en tirant sur le genou, d’un mouvement continu et sans à-coups. Le corps doit tourner d’un seul bloc.
- Ajuster la position finale : la jambe supérieure pliée à angle droit à la hanche et au genou pour stabiliser, la tête légèrement basculée en arrière, la bouche ouverte et orientée vers le sol.
La main placée sous la joue joue un double rôle : elle protège la tête pendant la rotation et maintient ensuite l’inclinaison qui garde les voies aériennes dégagées.
Après la mise en position
- Alerter les secours si ce n’est pas déjà fait, ou demander à quelqu’un de le faire pendant que vous agissez.
- Surveiller la respiration en continu jusqu’à l’arrivée des secours. Si elle s’arrête, remettre la victime sur le dos et débuter la réanimation.
- Couvrir la personne pour limiter le refroidissement, qui survient plus vite qu’on ne l’imagine, même par température douce.
- Ne rien faire boire ni manger, et ne rien introduire dans la bouche.
- Rester près d’elle et lui parler : l’audition est parfois le dernier sens à disparaître.
Les erreurs courantes
- Tourner une victime qui ne respire pas. L’erreur la plus grave, déjà évoquée.
- Oublier de basculer la tête en arrière une fois la personne sur le côté. Sans cette inclinaison, l’objectif principal n’est qu’à moitié atteint.
- Une position instable. Si la jambe supérieure n’est pas suffisamment pliée, la victime peut rouler sur le ventre.
- Laisser un bras coincé sous le corps. Inconfortable et potentiellement compressif si l’attente se prolonge.
- Quitter la victime pour aller chercher de l’aide alors qu’un téléphone est disponible sur place.
Un geste à pratiquer, pas seulement à lire
Lire la procédure permet de la comprendre. La reproduire correctement sous stress est une autre affaire. C’est précisément pour cela que les formations aux premiers secours consacrent du temps à la répétition physique du geste, avec un partenaire, jusqu’à ce qu’il devienne automatique.
Une remarque rassurante pour finir : dans une situation d’urgence, l’inaction est le pire choix. Une PLS imparfaite mais qui libère les voies respiratoires vaut infiniment mieux qu’une victime laissée sur le dos parce qu’on craignait de mal faire.
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