1) Stratégies de concession : dire « oui, mais… » sans perdre la rigueur
La concession sert à reconnaître un point valable (ou partiellement valable) tout en maintenant une thèse, une réserve ou une réorientation. Elle permet d’éviter l’argumentation « tout ou rien » et d’écrire des positions équilibrées : vous accordez quelque chose, puis vous précisez la limite, la condition, ou la priorité.
A. Certes… mais… : accorder un point, puis réaffirmer l’axe principal
Fonction : certes valide un élément (souvent attendu par le lecteur), tandis que mais réintroduit l’orientation dominante. L’effet est net, cadré, très utile pour structurer un paragraphe argumentatif.
| Schéma | Exemple | Effet |
|---|---|---|
Certes + constat, mais + thèse/limite | Certes, la mesure réduit les coûts à court terme, mais elle fragilise la qualité du service. | Reconnaissance + pivot vers l’enjeu principal |
Certes + point A, mais + point B (prioritaire) | Certes, l’outil est performant, mais son déploiement reste inégal selon les équipes. | Balance sans neutraliser la position |
Étape par étape : (1) identifiez l’objection la plus solide ; (2) formulez-la en une proposition sobre après certes ; (3) introduisez avec mais la limite décisive (critère, coût caché, condition manquante, effet secondaire).
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B. Si… en revanche… : contraste contrôlé entre deux plans
Fonction : si introduit un cadre (un fait, une condition, un point admis), et en revanche marque un basculement vers un autre aspect, souvent plus problématique ou plus déterminant. C’est une concession « par cadrage » : vous ne niez pas le premier plan, vous changez de focale.
- Modèle :
Si + point admis, en revanche + point contrastif - Exemple :
Si la réforme clarifie certains processus, en revanche elle alourdit les démarches pour les usagers occasionnels.
- Variante (avec précision de domaine) :
Si l’approche est pertinente sur le plan technique, en revanche elle reste contestable sur le plan social.
Étape par étape : (1) séparez deux dimensions (technique/éthique, court terme/long terme, individuel/collectif) ; (2) placez la dimension concédée après si ; (3) placez la dimension décisive après en revanche ; (4) ajoutez un critère explicite (coût, équité, robustesse, acceptabilité) pour éviter un contraste vague.
C. Bien que / quoique : concession intégrée, plus « littéraire » ou plus dense
Fonction : ces subordonnants intègrent la concession dans la phrase, avec un effet plus fluide et moins « débat » que certes… mais. Ils appellent le subjonctif.
- Structure :
Bien que / Quoique + subjonctif, + proposition principale - Exemples :
Bien que les résultats soient encourageants, la méthodologie demeure perfectible.
Quoique l’intention soit louable, l’exécution manque de cohérence.
Nuance utile : bien que est plus neutre et fréquent ; quoique peut paraître plus soutenu et, selon le contexte, légèrement plus concessif « malgré tout ».
Étape par étape : (1) choisissez le fait « vrai mais non décisif » ; (2) mettez-le en subordonnée ; (3) placez en principale l’idée directrice ; (4) vérifiez que la principale ne contredit pas la subordonnée, mais la relativise.
D. Tout en + gérondif : concéder une simultanéité (et éviter le « mais » répétitif)
Fonction : tout en exprime une action/attitude maintenue pendant une autre, souvent avec une tension implicite. Cela permet une concession « en continu » : on fait X, sans renoncer à Y.
- Structure :
Tout en + gérondif, + propositionouProposition, tout en + gérondif - Exemples :
Tout en reconnaissant les progrès, il faut examiner les effets de bord.
Le texte gagne en clarté, tout en simplifiant parfois à l’excès.
Point de précision : le gérondif doit partager le même sujet que la proposition principale. Évitez les ambiguïtés de sujet.
2) Concession vs opposition : distinguer l’accord partiel du simple contraste
À C1, la difficulté n’est pas de « mettre un connecteur », mais de choisir la relation logique exacte. La concession implique une compatibilité : le point concédé reste vrai, mais il ne renverse pas la thèse. L’opposition marque plutôt une incompatibilité ou un contraste sans reconnaissance argumentative.
| Relation | Question à se poser | Marqueurs typiques | Exemple |
|---|---|---|---|
| Concession | « Est-ce que j’accorde ce point tout en maintenant mon orientation ? » | certes… mais, bien que, quoique, tout en | Bien que la solution soit rapide, elle n’est pas durable. |
| Opposition | « Est-ce que je mets deux faits en contraste sans valider l’un comme objection ? » | alors que, tandis que, au contraire | La première option est coûteuse, alors que la seconde est accessible. |
| Rectification | « Est-ce que je corrige une formulation trop forte ou imprécise ? » | plutôt, ou plutôt, voire | Ce n’est pas un échec, ou plutôt un résultat en demi-teinte. |
Test rapide : « malgré cela, ma thèse tient-elle ? »
- Si vous pouvez insérer mentalement malgré cela et que la phrase reste logique, vous êtes probablement dans la concession.
- Si l’idée est surtout « A d’un côté, B de l’autre », sans hiérarchie argumentative, vous êtes plutôt dans l’opposition.
Piège fréquent : confondre concession et contradiction
Une concession n’autorise pas un saut logique. Si vous concédez un point qui détruit votre thèse, vous devez soit (a) changer de thèse, soit (b) reformuler la concession en la limitant (portée, contexte, degré), soit (c) introduire une condition manquante.
À corriger : Certes, la politique est inefficace, mais il faut la maintenir. (la concession annule la thèse)
Version cadrée : Certes, la politique est inefficace à court terme, mais elle stabilise le dispositif en période de transition.
3) Exercices de combinaison de phrases : construire un raisonnement « en couches »
Objectif : passer de phrases juxtaposées à une architecture où chaque proposition a un statut (fait concédé, limite, condition, priorité). Travaillez en trois étapes : (1) repérer la phrase « concédée » ; (2) choisir le patron ; (3) ajouter un critère explicite (temps, périmètre, public, indicateur) pour éviter l’implicite.
Exercice 1 — Transformer une juxtaposition en certes… mais
Données :
- La proposition est populaire.
- Elle est difficile à financer.
Étapes :
- Choisissez le point concédé (souvent celui qui « va dans le sens » de l’autre camp) : la popularité.
- Choisissez la limite décisive : le financement.
- Ajoutez un cadrage (court terme / sources / arbitrages) si nécessaire.
Production attendue (exemples) :
- Certes, la proposition est populaire, mais elle reste difficile à financer sans arbitrages clairs.
- Certes, l’adhésion est réelle, mais le modèle de financement n’est pas stabilisé.
Exercice 2 — Contraste de dimensions avec si… en revanche
Données :
- La solution est efficace en laboratoire.
- Elle est instable en conditions réelles.
Étapes :
- Nommer les deux plans : « en laboratoire » vs « en conditions réelles ».
- Mettre le plan concédé après si.
- Mettre le plan décisif après en revanche.
Production attendue :
- Si la solution est efficace en laboratoire, en revanche elle se révèle instable en conditions réelles.
Exercice 3 — Concession intégrée avec bien que/quoique
Données :
- Les indicateurs progressent.
- Les inégalités persistent.
Étapes :
- Décider ce qui est « vrai mais non suffisant » : la progression des indicateurs.
- Mettre au subjonctif : bien que les indicateurs progressent.
- Formuler la thèse en principale : persistance des inégalités.
Production attendue :
- Bien que les indicateurs progressent, les inégalités persistent dans certains territoires.
Exercice 4 — Superposer deux concessions (raisonnement stratifié)
Données :
- Le dispositif est utile.
- Il est complexe.
- Il peut être simplifié sans perdre l’essentiel.
Étapes :
- Choisir l’axe : « utile, mais perfectible ».
- Ajouter une concession simultanée avec tout en pour éviter une cascade de mais.
- Insérer une proposition de solution (simplification) comme sortie logique.
Production attendue :
- Certes, le dispositif est utile, mais il demeure complexe ; tout en préservant ses objectifs, on peut le simplifier.
Exercice 5 — Réécriture guidée : donner un statut à chaque phrase
Données :
- Le rapport est détaillé.
- Il est difficile à lire.
- Il faut une version synthétique.
Consigne : produire une phrase unique avec (a) concession, (b) conséquence pratique.
Productions possibles :
- Bien que le rapport soit détaillé, il reste difficile à lire ; une version synthétique s’impose donc.
- Certes, le rapport est détaillé, mais sa lisibilité est limitée, d’où la nécessité d’une synthèse.
4) Réglage stylistique : adoucir, borner, et éviter les sauts logiques
A. Adoucir une affirmation sans la vider
Dans un argument complexe, l’excès de certitude fragilise la crédibilité : le lecteur repère vite les généralisations. L’objectif n’est pas d’être vague, mais de calibrer la portée.
| Trop abrupt | Réglage plus précis | Ce que vous gagnez |
|---|---|---|
Cette mesure est inefficace. | Cette mesure paraît inefficace à ce stade. | Temporalité explicite |
Le dispositif est injuste. | Le dispositif soulève des questions d’équité pour certains publics. | Portée limitée, ciblage |
On ne peut pas faire confiance à ces données. | Ces données doivent être interprétées avec prudence au vu de l’échantillon. | Critère méthodologique |
Tâche : prenez trois phrases de votre texte contenant toujours, jamais, tout le monde, aucun. Réécrivez-les en ajoutant (1) un périmètre (dans ce contexte), (2) un indicateur (au regard de X), ou (3) une temporalité (à court terme).
B. Ajouter des limites de portée (scope limits) pour éviter l’argument « totalisant »
La concession fonctionne mieux quand vous explicitez où et jusqu’où votre propos s’applique. Sans limites, le lecteur peut vous opposer un contre-exemple trivial.
- Limites de contexte : dans ce cadre, à l’échelle locale, en situation d’urgence
- Limites de temps : à court terme, à moyen terme, dans l’immédiat
- Limites de population : pour les primo-arrivants, chez les publics fragiles, pour les petites structures
- Limites de critère : du point de vue des coûts, en termes de robustesse, sur le plan de l’acceptabilité
Mini-exercice : complétez chaque phrase par une limite de portée pertinente.
Certes, la procédure est plus rapide, mais elle est moins fiable ________.
Si la solution est séduisante ________, en revanche elle pose problème ________.
Bien que l’objectif soit clair, la mise en œuvre reste fragile ________.
C. Éviter les « sauts logiques » : rendre explicite le pont entre concession et thèse
Un saut logique survient quand la concession est posée, puis la thèse arrive sans lien explicatif (critère, mécanisme, condition). La phrase « sonne » bien, mais l’inférence manque.
Repérage : si vous pouvez demander « pourquoi ? » après la thèse et que le texte ne répond pas, il manque un pont.
| Version avec saut | Version avec pont explicite |
|---|---|
Certes, la formation est coûteuse, mais elle est nécessaire. | Certes, la formation est coûteuse, mais elle est nécessaire si l’on veut réduire durablement les erreurs opérationnelles. |
Bien que le plan soit ambitieux, il faut le revoir. | Bien que le plan soit ambitieux, il faut le revoir car les ressources disponibles ne couvrent pas les étapes critiques. |
Tâche : pour chaque phrase concessive que vous écrivez, ajoutez au moins un élément de pont parmi : (1) un mécanisme (ce qui entraîne…), (2) un critère (au regard de…), (3) une condition (à condition que…), (4) une conséquence vérifiable (ce qui se traduit par…).
D. Ajuster le contraste : éviter l’effet « débat télévisé »
Répéter mais peut donner un rythme heurté. Variez la mise en balance sans changer la logique.
- Avec gérondif :
Le dispositif améliore la coordination, tout en laissant des zones grises.
- Avec subordonnée concessive :
Bien que la démarche soit cohérente, elle manque d’indicateurs de suivi.
- Avec cadrage en deux plans :
Si l’approche est solide sur le fond, en revanche elle reste fragile dans son calendrier.
Atelier de réécriture : remplacez deux occurrences de mais dans un paragraphe par (a) bien que ou quoique, puis (b) tout en + gérondif. Vérifiez ensuite que la hiérarchie argumentative est intacte : ce que vous concédez ne doit pas devenir votre point principal.