Clarifier le cadre du recrutement junior
Avant de publier une offre ou de contacter des candidats, il est essentiel de cadrer le recrutement : pourquoi on recrute, qui décide, et dans quels délais. Un cadre clair évite les allers-retours, réduit les risques (juridiques et organisationnels) et permet un processus court adapté à un profil junior.
1) Objectifs du recrutement : remplacer ou créer un poste
Commencez par qualifier l’objectif, car il conditionne le niveau d’urgence, le budget, et la définition du poste.
- Remplacement : continuité d’activité, transfert de connaissances, date de prise de poste souvent contrainte. Exemple : départ d’un assistant marketing, besoin de reprise des campagnes en cours.
- Création de poste : besoin nouveau, périmètre parfois flou, nécessité de définir des priorités et des indicateurs de succès. Exemple : création d’un poste de chargé(e) support pour absorber une hausse de tickets.
Instruction pratique : formalisez l’objectif en une phrase opérationnelle, par exemple : « Recruter un profil junior pour prendre en charge X tâches récurrentes afin de libérer Y% du temps du manager d’ici 3 mois ».
2) Parties prenantes : qui fait quoi
Un recrutement simple repose sur une répartition nette des rôles. Définissez les parties prenantes et leurs responsabilités dès le départ.
| Partie prenante | Rôle principal | Décisions attendues |
|---|---|---|
| Manager (futur N+1) | Définit le besoin opérationnel, évalue les compétences métier | Validation du profil, choix final (selon règles internes) |
| RH | Cadre légal/éthique, cohérence contrat/rémunération, pilotage du process | Validation du process, conformité, préparation de l’offre |
| Direction / Finance (si applicable) | Arbitrage budget, effectifs, priorités | Validation budget, création de poste, exceptions |
| Équipe / pair (optionnel) | Évaluation terrain, projection collaboration | Avis consultatif documenté |
Instruction pratique : désignez un responsable de process (souvent RH) et un décideur final (souvent manager ou direction selon le budget). Évitez les décisions « à plusieurs » sans arbitre : cela allonge les délais.
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3) Niveaux de décision et délais : sécuriser un process court
Pour un profil junior, l’objectif est un parcours de décision rapide et prévisible. Définissez : (1) qui valide quoi, (2) à quel moment, (3) sous quel délai.
- Validation du besoin : objectif, périmètre, budget, type de contrat.
- Validation des critères : compétences indispensables vs souhaitables.
- Validation de l’offre : rémunération, date, conditions (télétravail, horaires).
- Décision finale : choix du candidat et justification.
Instruction pratique (cadre de délais) : fixez des délais maximum par étape (ex. 48 h pour donner un retour après entretien) et un délai global cible (ex. 2 à 3 semaines). Ajoutez une règle simple : « pas de nouvelle étape tant que la précédente n’est pas validée et tracée ».
Périmètre légal et éthique : règles à appliquer dès le cadrage
Le cadre légal et éthique se prépare avant de collecter des candidatures. L’objectif : un processus équitable, transparent, et proportionné (collecter uniquement ce qui est nécessaire).
1) Non-discrimination : critères pertinents et formulés correctement
Les critères de sélection doivent être liés au poste et aux compétences. Évitez tout critère direct ou indirect pouvant conduire à discriminer.
- À faire : définir des critères mesurables (ex. maîtrise d’Excel niveau TCD, capacité à rédiger un email client, disponibilité à une date donnée).
- À éviter : critères liés à l’âge, la situation familiale, l’origine, la religion, l’état de santé, etc., ou des formulations ambiguës (ex. « jeune et dynamique »).
Instruction pratique : transformez chaque exigence en critère professionnel. Exemple : au lieu de « profil jeune », écrire « première expérience (stage/alternance) en environnement X appréciée » ou « capacité à apprendre rapidement, évaluée via un cas pratique ».
2) Respect de la vie privée : questions et informations à ne pas demander
Ne demandez que des informations utiles à l’évaluation du poste. Les questions intrusives ou sans lien direct sont à proscrire.
- Exemples de questions acceptables : disponibilité, mobilité liée au poste, attentes salariales, compétences, méthodes de travail.
- Exemples à éviter : situation familiale, projets de grossesse, opinions, santé, pratiques religieuses, etc.
Instruction pratique : préparez une grille d’entretien avec des questions standardisées centrées sur des situations de travail (méthode STAR : Situation, Tâche, Actions, Résultat) afin de limiter les dérives et de comparer équitablement.
3) Minimisation des données collectées : ne collecter que le nécessaire
Collectez uniquement les données indispensables au recrutement. Plus vous collectez, plus vous augmentez les risques (confidentialité, conservation, accès).
- Nécessaire : CV, coordonnées, éléments liés aux compétences, disponibilité, prétentions salariales.
- À limiter : pièces d’identité, justificatifs, informations sensibles, documents non requis à ce stade.
Instruction pratique : définissez une règle simple : « aucun document supplémentaire avant la phase d’offre », sauf obligation strictement justifiée (ex. vérification d’un prérequis légal spécifique au poste).
4) Transparence sur les étapes : informer le candidat
Un process clair améliore l’expérience candidat et réduit les contestations. Annoncez les étapes, les délais, et le type d’évaluation.
- Nombre d’étapes et interlocuteurs
- Présence ou non d’un test / cas pratique (durée, objectifs)
- Délais de retour
- Critères généraux (sans divulguer d’informations internes sensibles)
Instruction pratique : envoyez un message standard après présélection indiquant : étapes restantes, durée estimée, et date de retour prévue.
Livrable 1 : check-list avant lancement du recrutement
Utilisez cette check-list comme « feu vert » : tant que tout n’est pas validé, ne lancez pas la diffusion.
- Objectif : remplacement ou création de poste ; raison et résultat attendu à 3 mois.
- Intitulé du poste : clair et aligné avec le marché (sans termes discriminants ou flous).
- Type de contrat : CDI, CDD, alternance, stage (selon politique interne et besoin).
- Durée / temps de travail : temps plein/partiel, horaires spécifiques si nécessaires.
- Lieu de travail : site, zone, déplacements éventuels.
- Télétravail : éligibilité, nombre de jours, période d’essai, conditions d’accès.
- Rémunération : fourchette, variable éventuel, avantages (tickets resto, transport, etc.).
- Budget total : coût employeur estimé, validation finance/direction si requis.
- Date de prise de poste : souhaitée et au plus tard ; contraintes (passation, pic d’activité).
- Période d’essai : principe et modalités selon règles internes.
- Manager référent : qui encadre, qui valide, qui remplace en cas d’absence.
- Compétences indispensables : 3 à 5 maximum, formulées de façon observable.
- Compétences souhaitables : 2 à 4, non bloquantes.
- Modalités d’évaluation : entretien structuré, cas pratique court, prise de références (si pratiquée et encadrée).
- Délais : date de lancement, dates d’entretiens, date de décision, date d’offre.
- Traçabilité : où seront stockés critères, grilles, comptes rendus, décisions (accès limité).
Astuce opérationnelle : limitez les « indispensables » pour un junior. Si vous en mettez trop, vous filtrez des profils à potentiel et rallongez le recrutement.
Livrable 2 : modèle de calendrier de process court (4 à 6 étapes)
Voici un modèle simple, compatible avec un recrutement junior. Ajustez selon vos contraintes, mais gardez l’objectif : peu d’étapes, chacune avec un but clair.
Option A (4 étapes) : le plus court
Préqualification (15–20 min) : vérifier motivation, disponibilité, attentes, points clés du CV. Sortie : décision « oui/non » + motif.
Entretien manager (45–60 min) : évaluer compétences et potentiel d’apprentissage via questions situées. Sortie : score sur critères + recommandation.
Cas pratique court (30–45 min) : exercice réaliste lié au poste (ex. répondre à un email client, organiser un tableau de suivi). Sortie : grille d’évaluation.
Entretien final / offre (20–30 min) : alignement conditions (rémunération, date, télétravail), réponse aux questions, décision. Sortie : décision finale tracée.
Option B (6 étapes) : si validation supplémentaire nécessaire
Préqualification RH : cadrage, explication du process, vérification des prérequis.
Entretien manager : compétences et projection.
Entretien pair (optionnel) : collaboration, qualité de communication.
Cas pratique court : évaluation objective.
Validation direction/finance : uniquement si nécessaire (budget, création de poste, exception).
Offre et formalisation : conditions finales, calendrier d’onboarding.
Règles de pilotage : (1) annoncez dès le début le nombre d’étapes, (2) fixez un délai de retour après chaque étape, (3) évitez d’ajouter une étape « au cas où » en cours de route.
Livrable 3 : règles de traçabilité (critères et motifs de décision)
La traçabilité sert à justifier les décisions, harmoniser les évaluations et sécuriser le process. Elle doit rester factuelle, liée au poste, et accessible uniquement aux personnes autorisées.
1) Ce qu’il faut conserver
- Critères de sélection (indispensables/souhaitables) et leur définition observable.
- Grille d’entretien : questions et barème simple (ex. 1 à 5) par critère.
- Résultats du cas pratique : consigne, production du candidat, grille de correction.
- Compte rendu d’entretien : faits, exemples cités, points forts/risques, décision et motif.
- Décision finale : qui décide, quand, sur quels éléments.
2) Comment rédiger un motif de décision (exemples)
Un motif doit être professionnel, précis et relié aux critères.
- Exemple acceptable : « Critère ‘rédaction client’ non atteint : réponses imprécises dans le cas pratique, absence de reformulation du besoin, erreurs de ton. »
- Exemple acceptable : « Critère ‘organisation’ partiellement atteint : a proposé un suivi mais sans priorisation ni échéances. »
- À éviter : « pas le bon feeling », « ne correspond pas à l’équipe », « trop réservé(e) » (sans faits ni lien au poste).
3) Règles simples de conservation et d’accès
- Centraliser les documents dans un espace unique (dossier RH sécurisé) plutôt que dans des emails dispersés.
- Limiter l’accès aux seules parties prenantes du recrutement.
- Standardiser les grilles pour comparer équitablement les candidats.
- Documenter les exceptions : si un candidat est retenu malgré un critère faible, notez la compensation (ex. potentiel démontré, plan de montée en compétences).
Mini-modèle de grille (à copier)
Poste : ____________________ Date : ____/____/____ Évaluateur : ____________________
Critères indispensables (1-5) :
1) ____________________ Score : __ Faits observés : ________________________________
2) ____________________ Score : __ Faits observés : ________________________________
3) ____________________ Score : __ Faits observés : ________________________________
Compétences souhaitables (1-5) :
4) ____________________ Score : __ Faits observés : ________________________________
Décision : OUI / NON / RÉSERVE
Motif (factuel, lié aux critères) : _________________________________________________
Prochaines étapes / conditions (si OUI) : __________________________________________