Rythme interne vs rythme externe : deux leviers complémentaires
Le rythme d’une vidéo ne vient pas seulement de la vitesse des coupes. Il se construit à deux niveaux : à l’intérieur des plans (rythme interne) et entre les plans (rythme externe). Les deux peuvent aller dans le même sens (accélérer/ralentir) ou se compenser (plan long mais très vivant, ou montage rapide de plans très statiques).
Rythme interne (dans le plan)
- Mouvement : déplacements des sujets, gestes, regard, caméra (pan, travelling, handheld), micro-mouvements (mains, respiration).
- Composition : quantité d’éléments à l’image, profondeur, contrastes, lignes directrices. Une image “chargée” se lit plus lentement qu’une image “simple”.
- Parole : débit, pauses, intonations, silences, chevauchements avec des réactions (rire, soupir), et tout ce qui donne une cadence naturelle.
Rythme externe (enchaînement des plans)
- Durées de plans : alternance de plans courts/longs, accélérations et respirations.
- Ordre des plans : ce que vous montrez d’abord influence la perception de vitesse (un gros plan après un plan large “relance”).
- Variété : changements d’échelle (large/serré), d’angle, de mouvement, de contenu (action vs écoute) pour éviter la monotonie.
Diagnostiquer le rythme : une méthode simple
Étape 1 — Repérer la source du “mou” ou du “haché”
- Si un plan semble long mais qu’il se passe beaucoup de choses (gestes, regard, action), le problème est rarement la durée : c’est souvent l’ordre ou la lisibilité.
- Si le montage coupe souvent mais que la scène reste plate, le souci peut être un rythme interne faible (plans statiques, peu d’intentions visibles) : accélérer les coupes ne suffit pas.
- Si la parole paraît artificielle, c’est souvent un mauvais traitement des respirations et des micro-pauses.
Étape 2 — Séparer “image”, “action”, “parole”
Pour chaque segment, notez ce qui porte l’attention :
- Image : on observe (détails, ambiance, lieu).
- Action : on suit un geste, une manipulation, un déplacement.
- Parole : on comprend une idée, une émotion, une intention.
Ensuite, ajustez : si la parole porte tout, l’image peut être plus stable; si l’action porte tout, la parole doit être plus rare ou plus courte; si l’image porte tout, laissez respirer.
Gestion du rythme de la parole (interview, face caméra, voix off)
Monter la parole consiste à rendre le propos clair tout en préservant le naturel. L’objectif n’est pas de supprimer toute pause, mais d’éviter les longueurs et les hésitations qui n’apportent rien.
Couper sur la respiration : règle pratique
Les respirations sont des “points de coupe” naturels. Elles permettent de raccourcir sans donner l’impression d’un montage agressif.
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- Repérez les inspirations audibles ou les micro-silences entre deux idées.
- Coupez juste avant l’inspiration (ou juste après l’expiration), en gardant un tout petit espace pour éviter l’effet “aspiré”.
- Vérifiez que la phrase démarre sans attaque brutale (pas de début de mot mangé).
Supprimer les hésitations sans perdre l’intention
Les “euh”, répétitions et départs de phrase peuvent être retirés, mais attention : parfois ils portent une intention (gêne, humour, recherche d’idée).
- Supprimez les hésitations purement mécaniques (tics de langage, répétitions involontaires).
- Conservez celles qui servent l’émotion ou le personnage (un silence avant un aveu, un rire nerveux).
- Remplacez une hésitation par une micro-pause propre si elle aide la compréhension.
Éviter le haché : 4 techniques
- Garder des micro-pauses : enlever toutes les pauses rend le débit irréaliste et fatigant.
- Respecter les groupes de sens : coupez entre deux idées, pas au milieu d’une intention (ex. couper entre “donc” et la suite peut casser l’élan).
- Utiliser des plans de coupe (B-roll) pour masquer une coupe audio visible sur le visage (changement de bouche, clignement incohérent).
- Ajouter un léger fondu audio (très court) sur les coupes difficiles pour lisser sans “flanger”.
Mini-protocole pas à pas : nettoyer une prise de parole
- Choisissez la meilleure intention (ton, énergie, sincérité) avant de chercher la version la plus courte.
- Coupez les redondances (même idée dite deux fois).
- Retirez les hésitations mécaniques (euh, départs avortés).
- Recalez les respirations : gardez-en assez pour que la personne “vive”.
- Masquez les coupes visibles avec un plan de coupe ou un changement d’échelle si nécessaire.
- Écoutez sans regarder : si l’audio est fluide, l’image se corrige plus facilement.
Cadences de montage selon le type de contenu
Il n’existe pas une “bonne” vitesse universelle. La cadence dépend de la promesse faite au spectateur : apprendre, ressentir, suivre une action, vivre un moment.
| Type de vidéo | Rythme interne dominant | Rythme externe recommandé | Points d’attention |
|---|---|---|---|
| Tutoriel (démonstration) | Action (gestes, étapes) | Plans plutôt courts sur les manipulations, respirations sur les résultats | Couper les temps morts (chercher un outil), garder les transitions utiles (avant/après) |
| Interview | Parole (intention, écoute) | Plutôt posé, relances par changements d’échelle et plans de réaction | Ne pas sur-couper : préserver les silences signifiants et les respirations |
| Vlog | Parole + mouvement (déplacements) | Plus dynamique, alternance face caméra / plans d’ambiance | Éviter l’épuisement : insérer des moments “calmes” visuels |
| Fiction courte | Action + regard + tension | Variable : accélérations sur conflit, ralentis sur enjeux | Laisser exister les regards et les réactions (rythme interne fort) |
| Vidéo événementielle | Image + action (moments forts) | Souvent rapide, musical, avec pics d’énergie | Créer des vagues : séquences intenses puis respirations pour éviter la saturation |
Repères mesurables pour piloter le rythme
Mesurer ne remplace pas le ressenti, mais aide à diagnostiquer et à reproduire une cadence.
Durée moyenne des plans (DMP)
Calculez une moyenne sur une section (ex. 60 à 90 secondes) : DMP = durée de la section / nombre de plans. Comparez deux versions d’un même passage pour comprendre l’impact des coupes.
- Si la DMP est faible mais que la scène paraît lente : manque de variété interne (plans statiques) ou ordre peu stimulant.
- Si la DMP est élevée mais que la scène paraît rapide : rythme interne fort (action, mouvements, parole dense).
Densité d’informations par minute
Estimez le nombre d’unités d’information transmises (idées, étapes, faits, changements d’objectif) par minute. Une méthode simple :
- Notez chaque “idée complète” sur la timeline (post-it mental ou marqueur).
- Comptez le nombre d’idées sur 60 secondes.
- Si la densité est élevée, prévoyez des respirations visuelles (plans d’illustration, pauses, réactions).
Alternance large/serré pour relancer
Une alternance d’échelles peut relancer l’attention sans accélérer artificiellement.
- Large → Serré : augmente l’intensité, focalise sur l’émotion ou le détail.
- Serré → Large : redonne du contexte, crée une respiration.
Repère pratique : si une séquence “plafonne”, essayez d’introduire un changement d’échelle toutes les 10–20 secondes (à ajuster selon le contenu), sans tomber dans le réflexe automatique.
Atelier : deux versions d’une même scène (posé vs dynamique)
Objectif : produire deux montages d’une même scène en ne changeant que les durées et l’ordre des plans (pas de nouveaux plans, pas de nouveaux effets). Cela force à travailler le rythme externe et à révéler le rythme interne existant.
Matériel
- Une scène courte (20 à 40 secondes) avec : une prise de parole + une action simple (ex. préparer un café, montrer un objet, entrer dans une pièce).
- Au moins 6 à 12 plans disponibles (ou une prise longue découpable en plusieurs plans).
Préparation (commune aux deux versions)
- Listez vos plans (A, B, C…) et notez pour chacun : “image / action / parole” dominant.
- Marquez les respirations et fins d’idées dans la parole (points de coupe naturels).
- Identifiez 2–3 moments “forts” (regard, geste net, mot important).
Version 1 — Rythme posé (respiration et lisibilité)
- Gardez des plans plus longs sur les intentions (regard, écoute, résultat de l’action).
- Réduisez le nombre de coupes : privilégiez une continuité interne (laisser un geste se terminer).
- Montez la parole en conservant des micro-pauses : ne supprimez pas toutes les respirations.
- Placez les plans larges aux moments de transition (début d’action, changement de lieu) pour “poser” l’espace.
- Contrôle : regardez la version sans son 30 secondes. Si vous comprenez l’action et l’intention, le rythme posé fonctionne.
Version 2 — Rythme dynamique (élan et relances)
- Raccourcissez les entrées/sorties de plans : commencez au moment où l’action démarre, sortez dès que l’information est comprise.
- Réordonnez pour créer des relances : placez un plan serré (détail/émotion) plus tôt, puis revenez au contexte.
- Accélérez la parole en retirant redondances et hésitations mécaniques, mais gardez une respiration stratégique avant un mot-clé.
- Augmentez l’alternance d’échelles (large/serré) pour maintenir l’attention.
- Contrôle : écoutez seulement l’audio. Si ça devient “mitraillette”, réintroduisez des micro-pauses ou allongez 2–3 plans.
Comparaison mesurée
Sur 30 à 60 secondes, relevez :
- DMP (durée moyenne des plans) des deux versions.
- Nombre de coupes et leur répartition (regroupées ou régulières).
- Densité d’informations (idées/minute) : la version dynamique doit souvent être plus dense, mais pas au point de perdre la compréhension.
Exemple concret (même matière, deux rythmes)
Scène : “Je présente un objet et j’explique pourquoi je l’utilise”.
- Posé : plan moyen stable sur la personne (phrase complète) → plan serré sur l’objet tenu (pause) → retour visage (intention) → plan large bref (contexte) → plan serré détail (résultat).
- Dynamique : détail de l’objet en premier (accroche) → visage sur la phrase clé → coupe sur respiration → geste/action en plans courts → retour visage pour conclure l’idée, avec une micro-pause conservée.